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Chapitre 9 : Raisons

  L'air de la rue me fait du bien, même si mes jambes tremblent encore un peu. Mara marche à c?té de moi comme si de rien n'était, toujours droite, toujours s?re d'elle.

  — Franchement... t'avais pas besoin de me raccompagner, je souffle. J'suis pas un gosse perdu.

  Elle répond sans ralentir :

  — La première fois que tu prends les yeux d'Othen en pleine gueule, ton corps peut lacher plus tard. évanouissement, confusion...

  Et un joli gar?on blanc, imberbe, taille fine, qui tombe dans une ruelle pleine de types venus assouvir leurs frustrations...

  Disons que je parierais pas sur l'intégrité de ta virginité.

  Je manque de m'étrangler.

  — Mais qui te dit que je suis—

  Je me stoppe moi-même.

  — Non attends. Pourquoi je te parlerais de ?a ?!

  Elle ricane. ?a m'énerve. ?a me pique. Je sens la chaleur me monter aux joues.

  Ok. Ok, très bien. Parlons d'autre chose.

  — Ces histoires de pactes et de contractants, je lache. Je trouve ?a... ridicule, en fait.

  Elle ne répond pas.

  Je continue.

  — Sérieusement... vendre son ame juste pour avoir un peu de puissance ?

  ?a me dépasse.

  Faut être désespéré ou stupide.

  Toujours rien.

  Elle garde son rythme. Son silence me pousse à en rajouter, comme si je devais remplir un vide.

  — Et puis... un pacte, ?a vend quoi ? Sa liberté ? Sa vie ? Ses choix ?Pour quoi ? Pour sentir un peu moins nul que les autres ? C'est pathétique.

  Aucune réaction.

  Je souffle. Mes mains s'agitent un peu.

  — Et soyons honnêtes : si quelqu'un est prêt à sacrifier tout ?a... c'est que sa vie devait pas valoir grand-chose à la base.

  Mara s'arrête.

  Pas juste "s'arrête".

  Elle .

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  Je fais encore deux pas avant de remarquer qu'elle ne me suit plus.

  Quand je me retourne, elle est immobile, la tête un peu baissée, les épaules tendues comme un fil prêt à claquer.

  — Quoi ? je lache. J'ai dit un truc qui va pas ?

  Elle relève la tête.

  Et son regard...

  Je ne l'avais jamais vu comme ?a.

  Un mélange de fatigue, de colère, et quelque chose d'autre un truc trop ancien pour mon age.

  — Oui, Soren. Tu parles.

  Elle avance d'un pas, lentement, et j'ai l'impression que l'air autour d'elle se resserre.

  — Tu parles comme quelqu'un qui n'a jamais manqué d'oxygène. Jamais suffoqué. Jamais entendu le monde lui dire "tu n'as aucune valeur".

  Je sens mes épaules se raidir, comme si je recevais un coup que je n'ai pas vu venir.

  Elle continue, sa voix coupante, précise :

  — Tu veux juger les contractants ? Comment tu peux blamer quelqu'un qui se noie pour avoir saisi la seule main tendue ?

  Je reste muet.

  Elle ne me laisse pas respirer.

  — Tu crois qu'elles ont "vendu leur ame" ? Leurs ames, Soren... On les leur a déjà arrachées.

  Par ceux qui les ont élevées.

  Par ceux qui les ont brisées.

  Par ceux qui promettaient de les protéger et ne l'ont jamais fait.

  Par ceux qui jugent sans rien comprendre.

  Comme toi.

  Je sens la chaleur me monter au visage — pas de honte, pas tout de suite, non : juste la sensation stupide d'être mis à nu.

  Elle avance encore et me met un coup du doigt dans le torse, juste assez fort pour que ?a pique.

  — La plupart des filles là-bas ont subi des abus.

  Tu as déjà vécu ?a, toi ?

  Tu as déjà senti ton corps se fermer tout seul ?

  Tu t'es déjà retrouvé sans personne à appeler ?

  Sans personne à croire ce que tu dis ?

  Tu as déjà supplié dans le vide ?

  Ma bouche s'ouvre. Aucun son sort.

  Elle parle encore, sa voix tremble un peu mais tient debout — comme elle :

  — Aucune d'elles n'est là par plaisir.

  Aucune.

  Elles choisissent un démon parce qu'un démon, au moins, répond.

  Une partie de moi s'en veut déjà.

  Une autre essaie encore de comprendre ce qu'elle ressent exactement.

  Puis elle dit ?a :

  — C'est facile de parler de morale quand ta vie n'a pas été une lutte permanente pour ne pas mourir.

  Quand tu n'as jamais d? choisir entre un pacte... ou mourir. Car ouais, mourir c'est trop facile, mais vivre, c'était impossible.

  Un silence.

  Elle inspire profondément, comme si elle devait vider ses poumons avant d'exploser.

  Et puis l'erreur. Le dérapage. Le mot trop lourd.

  — Et moi...

  Elle se fige.

  Je la vois se refermer en direct, comme une porte blindée qui claque brusquement.

  Ses yeux se détournent. Elle ravale quelque chose — douleur, colère, souvenir, tout ?a en même temps, peut-être.

  Je fais un pas vers elle.

  — Mara...?

  Elle recule d'un demi-pas, sans me regarder.

  — Oublie ce que j'ai dit.

  Elle se remet à marcher, vite, trop vite.

  Comme si me tourner le dos était la seule fa?on de rester entière.

  Et moi, je reste là, planté sur le trottoir, le c?ur un peu trop serré, la gorge un peu trop chaude.

  Et pour la première fois...

  Je commence à comprendre que mes mots peuvent blesser autrement que par arrogance.

  Mara continue de marcher quelques pas devant moi, les épaules encore rigides.

  Puis elle s'arrête.

  Juste un instant.

  Une respiration.

  Elle ne se retourne pas tout de suite.

  Quand elle le fait, son visage est à moitié dans l'ombre, comme si la rue elle-même hésitait à la éclairer.

  Sa voix est calme. Trop calme.

  — Ah... et au fait.

  Je relève les yeux, encore secoué par sa tirade précédente.

  — T'as des capacités de contractants... sans avoir passé de contrat.

  Donc tu vas commencer à entrer dans le radar des autres.

  Mon c?ur fait un bond bizarre dans ma poitrine.

  Elle me fixe, droit dans les yeux.

  — Un conseil, Soren.

  Quand tu croises des gens qui n'ont plus rien à perdre parce qu'ils ont déjà tout perdu...

  Elle marque une pause.

  Le genre de silence qui en dit trop.

  — ...évite de les prendre de haut.

  Puis elle tourne les talons.

  Et pour la première fois, je ne trouve rien à répondre.

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